Auto-évaluation en coaching : une grille pour progresser entre deux mentorings

Couverture CoachPartner « Auto-évaluation en coaching, une grille pour préparer votre mentoring », avec trois étapes : observer, vérifier, ajuster.

L’auto-évaluation en coaching commence souvent par une impression : « La séance s’est bien passée. » Mais que signifie ce bilan ? Que le client semblait satisfait ? Que vous avez posé les questions prévues ? Qu’il a découvert quelque chose d’utile pour lui ? Ces constats ne racontent pas la même séance.

Dans mon test d’analyse de séance avec ChatGPT et CoachPartner, un passage illustre cette différence : ma cliente exprime une émotion, puis je poursuis sur les indicateurs de réussite. Revenir à ce moment précis permet de poser une question de travail : qu’aurait ouvert une exploration de cette émotion avant de poursuivre ?

Pour un coach en parcours ACC ou PCC, l’enjeu est de transformer un souvenir global en observation, puis en ajustement. Voici une méthode et une grille à copier pour préparer votre prochaine séance de mentoring à partir de faits.

Qu’observer dans une séance de coaching ?

L’auto-évaluation consiste à examiner vos interventions, leurs liens avec ce que le client exprime et les pistes d’apprentissage qui en découlent. Elle porte sur votre pratique de coach. Elle ne consiste pas à noter votre client, ni à vous attribuer un niveau de certification.

Un point de départ utile : choisir trois moments à relire ou à réécouter. Le début, lorsque vous clarifiez ce que le client souhaite travailler ; un passage où quelque chose change ou résiste ; la clôture, lorsque le client formule ce qu’il retient et ce qu’il souhaite en faire.

Pour chaque moment, distinguez trois éléments :

  • Le fait observable : les mots prononcés, l’enchaînement des interventions, un passage repérable dans l’enregistrement.
  • Votre interprétation : ce que vous pensez avoir cherché à faire, ou ce qui vous semble avoir manqué.
  • La réponse du client : ce qu’il dit ou fait ensuite, sans lui attribuer une intention qu’il n’a pas exprimée.

Par exemple, « mon client était bloqué » est une interprétation. « Il a répété trois fois qu’il ne savait pas quoi choisir » décrit une observation plus précise. Elle permet de chercher ce que vous avez exploré avec lui, plutôt que de conclure qu’il fallait le débloquer.

Le référentiel des huit compétences ICF fournit un cadre commun pour organiser cette réflexion. L’ICF inscrit notamment la pratique réflexive dans la compétence 2, consacrée à l’état d’esprit du coach. Le cadre ci-dessous est une proposition pédagogique de CoachPartner, pas une grille officielle de certification. Source : compétences ICF.

Une grille d’auto-évaluation en coaching

Commencez par une ou deux lignes en lien avec votre priorité du moment. Vous pourrez élargir votre observation au fil des séances.

Repère de travail Question à vous poser
C1 — ÉthiqueQuel point du cadre mérite vérification ?
C2 — État d’espritQuelle hypothèse personnelle ai-je apportée ?
C3 — ContratsQuel résultat avons-nous convenu de travailler ?
C4 — Confiance et sécuritéComment ai-je accueilli un désaccord ?
C5 — PrésenceQuand ai-je voulu accélérer ?
C6 — ÉcouteQuel mot du client ai-je repris ?
C7 — Prises de conscienceQuelle nouvelle perspective le client a-t-il formulée ?
C8 — CroissanceQuelle suite le client a-t-il choisie ?

Pour chaque ligne retenue, complétez ces quatre champs :

Passage repéré : minute de l’enregistrement ou extrait de transcription.

Observation : ce qui est effectivement dit ou entendu.

Question à approfondir : ce que ce passage ne permet pas de trancher.

Piste à tester : un ajustement possible, à adapter au client.

Vous pouvez qualifier une observation d’« étayée », « à vérifier » ou « non observable dans ce support ». Cette dernière mention est utile : l’absence de preuve dans une transcription ne démontre pas l’absence d’une compétence.

Certaines dimensions éthiques ou liées à votre état d’esprit demandent aussi d’examiner le cadre de l’accompagnement et votre réflexion hors séance. Un enregistrement isolé ne rend pas compte de toute votre pratique.

Exemple : de l’impression à l’observation

Reprenons le passage évoqué en introduction. La cliente nomme une émotion, puis la conversation se poursuit vers les indicateurs de réussite.

Le fait : une émotion est exprimée ; l’intervention suivante du coach porte sur la mesure du résultat attendu.

L’hypothèse de travail : le souci de clarifier l’objectif a peut-être pris le pas sur l’exploration de ce que la cliente venait d’exprimer.

Ce qui reste inconnu : la cliente souhaitait-elle approfondir cette émotion à ce moment-là ? Le passage seul ne suffit pas à le savoir.

Une alternative à explorer : « Vous venez de nommer cette émotion. Quelle place souhaitez-vous lui donner dans ce que nous travaillons aujourd’hui ? »

Cette formulation est une possibilité, pas une meilleure réponse universelle. Son intérêt est de redonner le choix au client. En mentoring, la question devient alors précise : comment accueillir ce qui émerge tout en maintenant un contrat de séance utile ?

L’exercice évite deux raccourcis : se féliciter parce que le contrat a été clarifié, ou se reprocher d’avoir « raté l’émotion ». Il ouvre une réflexion sur l’articulation entre les deux.

Une routine après chaque séance

Vous pouvez commencer par un bilan de cinq à dix minutes. C’est un format de travail proposé ; la réécoute approfondie demandera davantage de temps.

  1. Noter à chaud. Quel moment vous revient ? Qu’est-ce qui vous a surpris ? Quel passage souhaitez-vous vérifier ? Si vous travaillez de mémoire, indiquez-le : un souvenir n’est pas une citation exacte.
  2. Vérifier un passage. Revenez à l’enregistrement ou à la transcription lorsque vous en disposez dans un cadre autorisé. Notez ce qui confirme votre impression et ce qui la nuance.
  3. Choisir une piste. Retenez un comportement à explorer et une question à apporter à votre mentor coach.

Votre journal réflexif peut tenir dans ce format :

Séance / repère anonymisé Passage Observation Hypothèse à vérifier Prochain essai
Séance A Début de séance J’ai proposé deux objectifs avant que le client formule le sien. Ai-je voulu clarifier trop vite ? Laisser le client nommer ce qu’il souhaite obtenir, puis clarifier avec lui.

Cette ligne est un exemple pédagogique fictif.

Après plusieurs séances, comparez les observations. Le même comportement revient-il dans des contextes similaires ? Existe-t-il des contre-exemples ? Une difficulté isolée et une habitude récurrente ne demandent pas le même travail.

Une roue des compétences peut ensuite résumer vos priorités. Si vous utilisez une note personnelle, accompagnez-la de faits et d’incertitudes. Un « 7/10 en écoute » sans explication donne peu de matière pour progresser.

Choisir un axe pour la séance suivante

Le risque d’une grille détaillée est de vouloir tout corriger à la fois. Pour commencer, retenez un seul axe : celui qui revient dans vos observations et qui semble le plus utile au travail du client.

Évitez les objectifs qui transforment la séance en exercice de comptage. « Poser trois questions ouvertes » peut être mesurable, sans garantir que ces questions répondent à ce qui se passe. Une question fermée peut servir à vérifier un accord ; une question ouverte peut contenir votre propre solution.

Un axe plus contextualisé serait :

Sur mes trois prochaines séances, lorsqu’un client exprime une émotion, porter attention à ma réponse et, lorsque cela sert son objectif, lui proposer de l’explorer. Après chaque séance, repérer un passage et examiner la réponse du client.

L’échéance aide à revenir sur votre pratique. L’indicateur est un passage analysé et un apprentissage formulé, plutôt qu’un quota d’interventions.

Avant la séance suivante, relisez cette intention. Pendant la séance, restez disponible au client. Vous analyserez ensuite ce qui s’est réellement passé.

Ce que l’IA apporte à l’auto-analyse

Le travail le plus long est souvent de retrouver les passages utiles et d’organiser ses observations. CoachPartner peut soutenir cette étape : à partir d’un enregistrement audio, l’outil produit une analyse structurée selon les huit compétences ICF, avec des extraits de transcription et des pistes de travail.

Le rapport devient une base de discussion. Pour chaque point qui vous interpelle, revenez au passage concerné : la transcription est-elle correcte ? Les paroles sont-elles attribuées au bon locuteur ? L’observation tient-elle compte du contexte ?

Une transcription ne restitue pas tout. Les silences, les chevauchements de parole ou les nuances de ton demandent une vérification dans l’audio ; le langage corporel reste hors de ce support. Une suggestion de l’IA peut être pertinente, incomplète ou erronée.

L’article sur l’IA pour les coachs développe cette place de l’outil dans la réflexion sur la pratique. Son intérêt ici est de préparer une question plus précise pour votre mentoring. Il ne délivre ni validation ICF ni garantie de réussite à une certification.

Avant d’enregistrer une séance et de la transmettre à un outil, convenez avec le client de ces usages et informez-le des conditions de traitement et de conservation. L’accord pour enregistrer ne doit pas être supposé couvrir automatiquement une analyse par un service tiers.

Questions fréquentes

Peut-on s’auto-évaluer sans enregistrer une séance ?

Oui. Un journal rédigé juste après la séance aide à repérer vos questions et vos intentions. Distinguez toutefois vos souvenirs des faits vérifiés. Vous pourrez approfondir certains passages avec votre mentor coach.

Faut-il examiner les huit compétences à chaque fois ?

Vous pouvez commencer par une ou deux priorités et faire périodiquement une revue plus large. L’objectif est de comprendre un comportement dans son contexte, pas de remplir toutes les cases.

L’auto-évaluation remplace-t-elle le mentoring ICF ?

Non. Elle prépare votre réflexion et vos questions. Le mentoring apporte un regard extérieur sur votre pratique ; un bilan personnel ou un rapport automatisé ne remplace pas cet échange.

Un score mesure-t-il mon niveau ACC ou PCC ?

Une note personnelle ou générée par un outil ne suffit pas à établir votre niveau. Utilisez les observations pour identifier des pistes de travail et référez-vous aux exigences officielles applicables à votre parcours.

Préparez votre prochain mentoring

Choisissez une séance que vous êtes autorisé à analyser. Repérez un passage, vérifiez ce qui s’y joue et retenez une question à approfondir avec votre mentor coach. CoachPartner peut vous aider à organiser ce travail.

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Sophie Vellutini est la créatrice de CoachPartner, un outil d’analyse de séances de coaching aligné sur le référentiel ICF.